samedi 28 janvier 2012

Mortelles voyelles - Gilles Schlesser

Mortelles voyelles est le second roman policier de Gilles Schlesser.

Parigramme, 233pages
Oxymor Baulay, journaliste parisien quinquagénaire, écrivain à ses heures et grand spécialiste des figures de rhétorique, se fait passer pour un sans abri, le temps d'un reportage en immersion dans les rues de la capitale. Il fait la connaissance d'un certain Vaïda qui déclare être le fils du dernier roi des Gitans. Après un repas arrosé, le sans abri lui propose un curieux échange : contre une cartouche de cigarettes, Vaïda promet au journaliste de lui céder un manuscrit retrouvé dans une valise abandonnée sur un trottoir. Par curiosité, Baulay accepte la transaction. Le manuscrit intitulé "A noir", en référence au poème "Voyelles" de Rimbaud n'est pas une histoire banale. Il s'agit d'un roman sordide et dérangeant, articulé autour de cinq meurtres de femmes, assassinées de la même manière. Mais ce qui va attirer l'attention du journaliste, fin connaisseur de la langue, c'est la structure même du roman. Le verbe être n'est jamais utilisé et la lettre "y" est absente. Ses recherches vont le conduire chez un groupe d'Oulipiens, sorte d'association littéraire qui se réunit régulièrement et qui pourra peut-être lui offrir de nouvelles pistes. Entre-temps, le journaliste décide de contacter son ami et éditeur Paul, lui confie le manuscrit, celui-ci s'avoue très intéressé. Quand le roman est publié au début de l'été suivant, il devient un phénomène de librairie et des événements se sont déjà produits : Vaïda est retrouvé assassiné dans le campement des gitans et Oxymor découvre bientôt que les meurtres du manuscrit ont été rellement commis trente ans plus tôt, à la fin des années soixante-dix, par un serial-killer surnommé Hamlet...

Mon avis : le journaliste Baulay se lance dans une enquête à la fois policière et littéraire tout à fait passionnante. Les personnages sont attachants. L'auteur a su donner à son roman une dynamique qui garantit un vrai suspense. J'émettrai un petit bémol quant au dénouement trop prévisible à mon goût et une impression d'inachevé. Avec une centaine de pages supplémentaires, le roman aurait gagné sans doute en précision et en profondeur, en particulier sur la psychologie de l'auteur des crimes. Quoi qu'il en soit, le récit est original, plutôt réussi dans l'ensemble pour un roman policier et il ne devrait pas déplaire aux amateurs du genre.

samedi 14 janvier 2012

Le meilleur de l'année 2011

De retour après quelques semaines de pause... Je n'ai pas publié énormément ces dernières semaines, faute de temps. Mais je continue de lire et ma PAL ne désemplit pas non plus ! C'est sans doute là une bonne nouvelle.

Je présente à tous mes lecteurs, fidèles ou non, mes meilleurs voeux de bonheur, de joie, d'épanouissement (livresque entre autres...) et de santé. Que cette année vous soit douce et heureuse.

Il est venu le temps de faire un petit bilan des livres que j'ai particulièrement appréciés l'an dernier (et il ne s'agit pas forcément de livres parus en 2011).

Mes coups de coeur, que je vous incite à lire :







- Roger Jon Ellory, Seul le silence
- Philippe Claudel, Les Âmes grises

D'autres livres intéressants, originaux ou singuliers :
- Robin Baker, Primal
- Michel Peyramaure, Vidocq
- Aude Alix Manioc, Parenthèses ?


Bonnes lectures à tous !



vendredi 4 novembre 2011

Le château des Carpathes - Jules Verne

Jules Verne ou le précurseur de la télévision...

J'ai toujours entretenu un rapport singulier avec Jules Verne (1828-1905) (voir mon article d'octobre 2009) puisqu'il est l'un des premiers que j'ai lu durant mon adolescence, avec des bonheurs divers. Je me rappelle avoir emprunté pour la première fois, il y a plus de vingt ans, à la bibliothèque municipale, Le château des Carpathes et déjà, à cette époque, j'en avais gardé un souvenir très prenant. Je l'ai relu pour l'occasion et, une fois encore, je n'ai pas été déçu ; il reste l'un de mes romans préférés.

Publié en 1892, Le château des Carpathes ne manque pas de nous interpeller, il fait partie de ces livres atypiques et paradoxalement n'est pas le plus connu de tous les romans verniens.

Le Livre de poche, 200 pages
L'histoire s'ouvre sur le dialogue entre un colporteur juif et l'un des habitants du petit village de Werst, en Transylvanie, un berger prénommé Frik. Le colporteur vend au berger une étrange "machine" qui n'est autre qu'une lunette. Voilà qu'un jour, à l'aide de son nouvel instrument, Frik remarque que les vestiges du vieux château, abandonné par son ancien propriétaire et supposé mort depuis longtemps, semblent à nouveau habités. De l'imposant donjon s'échappe un mince filet de fumée, signe d'une présence humaine. Très vite, il apporte la nouvelle au village au sein duquel circulent les légendes et les rumeurs les plus folles ; la terreur s'installe parmi les habitants, lesquels sont persuadés que le château est hanté. Le docteur du bourg Patak accompagné du jeune forestier Nick Deck décident alors de partir en reconnaissance et sont forcés de battre en retraite après avoir été les témoins de phénomènes aussi effrayants que surnaturels. Peu après ces événements, alors que la population est totalement désemparée, un jeune noble, le comte Franz de Telek, voyageur errant, qui cherche à oublier la mort de sa fiancée, est de passage dans la région et apprend l'existence des phénomènes. Il apprend notamment que le château des Carpathes appartenait à Rodolphe de Gortz, celui qui l'avait maudit quelques années auparavant au moment du décès de la cantatrice Stilla, sa fiancée. Bien décidé à éclaricir le mystère, le jeune comte entreprend une expédition qui aura pour but d'exorciser le château...

Mon avis : précurseur des romans d'anticipation et de fantastique, l'auteur démontre une fois encore son rôle de visionnaire ; il nous offre un récit reposant avant tout sur la dialectique du développement des progrès scientifiques et techniques (l'électricité, les télécommunications, l'enregistrement de l'image et du son, l'hologramme) face à la survivance de nombreux mythes et croyances. L'auteur mène subtilement le lecteur dans cette histoire.

Si le roman n'est pas à classer dans la littérature purement fantastique, il n'en reste pas moins que Verne a su créer avec brio cette ambiance étrange le rapprochant du récit fantastique : citons par exemple le choix du lieu qui accentue cette connotation (la Transylvanie), les références mythologiques, les croyances paysanes et locales, le thème de la mort et de la peur...

Comme toutes les histoires de Jules Verne, l'on apprécie son écriture soignée et la description minutieuse des éléments et de la nature, on se prend d'affection pour chaque personnage. L'auteur réussit à nous tenir en haleine jusqu'au dénouement final.

Un roman captivant mêlant donc l'aventure et le fantastique, mais aussi un très beau roman d'amour qui se lit agréablement ; Jules Verne a sans doute écrit là son chef d'oeuvre. A lire sans hésitation aucune !

samedi 22 octobre 2011

Les Âmes grises - Philippe Claudel

Les Âmes grises est un roman de Philippe Claudel (né en 1962), publié en 2003 et, qui a reçu le Prix Renaudot la même année.

Le Livre de poche, 280 pages
Vingt ans après son enquête sur "l'affaire", un modeste policier, Louis Despieux, est encore bien troublé : il se rappelle la triste journée de 1917 où, dans un petite village du Nord-Est de la France, à quelques encablures du front où les hommes tombent un à un au rythme violent des obus, une petite fille est retrouvée morte, violée et étranglée, au bord de la Guerlante, à deux pas de la demeure du procureur Pierre-Ange Destinat, homme taciturne et veuf inconsolé. La victime se prénomme Belle de jour ; âgée de 10 ans, elle est la troisième et dernière fille de l'aubergiste. Le juge Mierck et le colonel Matziev, notables méprisants incarnant la bourgeoisie pompeuse et provinciale, ennemis de Destinat, sont chargés de l'enquête, laquelle s'annonce pourtant difficile ; le village voit en effet arriver par intermittence de jeunes soldats éclopés, mutilés, avides d'alcool et de filles pour oublier l'horreur de cette terrible guerre...

Mon avis : je n'avais encore jamais lu cet écrivain et je dois dire que j'ai été agréablement surpris. Je remercie Mic et son blog Noir Suspense de m'avoir fait découvrir cette lecture.

Le souci du détail, une belle écriture, cette manière de décrire les paysages et les ambiances donnent incontestablement de la force et de l'authenticité. L'histoire est touchante et brutale à la fois. Le lecteur se prend d'affection pour les personnages, on a parfois les yeux embués, notamment pour la femme du policier, Clémence, ou le médecin des pauvres ou encore la jeune Lysia Verhareine qui arrive dans ce village pour occuper le poste d'institutrice et qui connaîtra un sort tragique. Tous ces protagonistes évoluent dans la tristesse et la grisaille.

Philippe Claudel brosse également le portrait de personnages d'une bêtise rare, aux préjugés de classes et animés des pires sentiments tels la lâcheté et la méchanceté. La grande guerre est propice à favoriser tous les excès et mettre en avant nos pires comportements.

Un récit hanté par le poids du temps et des remords, un roman remarquable que je vous conseille de lire.

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