lundi 28 avril 2014

Le tour du monde en quatre-vingt jours - Jules Verne

Après quelques semaines d'interruption, me voilà de retour ! Je vous propose en cette fin de mois d'avril un roman de l'un de mes auteurs de prédilection, Jules Verne, l'un des plus connus et des plus appréciés sans doute : Le tour du monde en quatre-vingt jours.

Pour mémoire, ce roman d'aventures est composé de 37 chapitres et a été publié en 1873.

Le Livre de poche, 371 pages 
Phileas Fogg, gentleman anglais, membre éminent du Reform Club, est un homme curieux, à la fois ponctuel et méticuleux. Un jour, il décide de lancer un pari risqué et osé autour d'une partie de cartes : Phileas Fogg se voit contraint d'accomplir une traversée de la planète d'est en ouest, et le tout en moins de quatre-vingt jours. Le soir même, accompagné de son fidèle domestique français Jean Passepartout, il prend le train pour Paris... Alors que son périple commence, notre aristocrate anglais est poursuivi par le détective Fix, lequel le soupçonne à tort, d'être l'audacieux voleur de la Banque d'Angleterre...

Mon avis : relire à l'âge adulte un roman qui vous avait plu à l'adolescence est un exercice qui peut paraître périlleux. C'est avec un vrai plaisir que je me suis replongé dans cette histoire, cette prose aussi délicieuse. Si Jules Verne était habité par cet esprit d'imagination, l'on ne peut que se délecter de son talent d'écrivain, un style simple nous tenant en haleine du début à la dernière page.

A lire ou à relire, bien évidemment !

samedi 4 janvier 2014

La planète des singes - Pierre Boulle

Tout le monde connaît les superproductions hollywoodiennes tirées de la Planète des singes. Qui pourtant se souvient encore que le film est tiré d'une nouvelle, écrite par un Français, Pierre Boulle (1912-1994) dont on fête ce mois-ci le vingtième anniversaire de son décès ?

Considéré aujourd'hui comme un classique de la science-fiction et le plus important de l'auteur, le livre connaît un grand succès en 1963. C'est depuis 1968 que le livre a connu de nombreuses adaptations cinématographiques américaines. Aucune d'elle néanmoins n'a été réellement fidèle à la version originelle de Pierre Boulle.

Pocket, 190 pages 
L'histoire commence au trentième millénaire. Jinn et Phyllis, un couple amoureux, profite des vacances pour parcourir le cosmos. Leur voyage sera néanmoins troublé par la découverte d'une bouteille dérivant dans l'espace. A la lecture du manuscrit, le couple prend connaissance de l'histoire édifiante de trois hommes, le journaliste Ulysse Mérou, le professeur Antelle et son second Arthur Levain, partis pour une expédition vers un autre système planétaire : l'étoile Bételgeuse. Après deux longues années de voyage, nos trois hommes observent, à la surface de la planète Soror, des signes de la présence d'une civilisation avancée. Une fois arrivés sur place, ils découvrent avec stupeur l'espèce dominante : des espèces simiesques douées de la parole et maîtrisant les sciences possèdent une organisation sociale, politique et religieuse...

Mon avis : publiée il y a cinquante ans, l'histoire laisse une impression de modernisme encore aujourd'hui. La teneur du récit est claire et vise à présenter les maux de notre propre société : une planète dont l'espèce dominante est le singe visitée par une équipe "terrienne" dans l'incapacité de repartir. Boulle a su replacer l'omnipotence des pouvoirs à tous les niveaux de la société qui utilisent l'ignorance des peuples, la peur et la religion.


Pierre Boulle maintient ses lecteurs en haleine grâce à un jeu d'écriture simple et efficace et une narration sans temps mort. Une réflexion sur la place de l'Homme dans l'univers. Livre incontournable, à lire absolument ! 


dimanche 27 octobre 2013

Un employé modèle - Paul Cleave

Paul Cleave est né à Christchurch en Nouvelle-Zélande en 1974. Un employé modèle est son premier roman, lequel a connu un succès international retentissant.

Livre de poche, 476 pages 
Soumis à sa mère envahissante, Joe Middleton est un trentenaire célibataire et solitaire, occupant un poste d'agent d'entretien au sein au commissariat central. Il est considéré par tous comme le gentil benêt de service. Et pourtant, dès son travail terminé, le soir, Joe qui fait preuve d'un amour débordant pour ses petits petits poissons rouges, se transforme en un monstrueux assassin, tuant des femmes sans défense. Son statut d'homme de ménage lui permet donc de suivre de près toutes les investigations sur ses propres meurtres. Mais voilà qu'un jour, une autre victime est découverte. L'assassin utilise une méthode proche de celle de Joe pour que le crime lui soit imputé afin de brouiller les pistes. Joe Middleton est furieux et mène lui-même l'enquête pour retrouver l'identité de ce copieur usurpateur. Son chemin sera semé d'embûches et de rebondissements...

Mon avis : l'idée de départ est originale, décalée et déroutante. Le narrateur n'est pas le traditionnel policier ou détective mais l'assassin, le tueur en série lui-même.

Beaucoup d'humour noir et glaçant ; Le personnage de Joe, peint par l'auteur, est très intriguant : un vil manipulateur arborant cette apparence d'homme de ménage totalement simplet et inoffensif.

Le roman tient en haleine, un style très particulier mais attention quelques passages crus et très difficiles, la violence de certaines scènes peut être vraiment perturbante.

samedi 7 septembre 2013

Total Kheops - Jean Claude Izzo

Premier livre d'une trilogie publié en 1995, Total Kheops est un roman policier écrit par l'auteur marseillais Jean-Claude Izzo, disparu prématurément en 2000 dans sa cinquante-cinquième année. Ce livre reçoit l'année de sa publication un bon accueil, en particulier dans la cité phocéenne, lieu où se déroule l'action, et reçoit le prix Trophée 813.

Folio, 348 pages 
Fabio Montale, fils d'immigré italien et policier de banlieue, n'est pas un "super flic". Il est affecté au maintien de l'ordre dans les quartiers nord de Marseille, où la délinquance fait partie de la routine. Par sa posture plus proche d'un éducateur que celle d'un policier, il jongle avec les jeunes évitant ainsi les émeutes et les situations vertigineuses. Il est du coup peu considéré par ses collègues et sa hiérarchie. Sa méthode va pourtant changer le jour où il voit ses deux anciens camarades mourir l'un après l'autre dans des circonstances particulièrement violentes : le premier Manu, assassiné a priori gratuitement ; le second Ugo, tué après avoir-lui-même assassiné un des parrains de la pègre locale. Peu après, une jeune étudiante d'origine maghrébine, et amie de Fabio, se fait violer et assassiner. Fabio Montale n'a désormais plus qu'une idée en tête : tenter de comprendre ce qui s'est passé. Par sa connaissance du terrain, il découvre progressivement un enchevêtrement de luttes de pouvoir au sein de la pègre marseillaise...

Mon avis : par une intrigue rondement menée, l'auteur brosse un portrait sans concession de sa ville, décrivant avec justesse la dure vie et sans merci des habitants des quartiers populaires et des immigrés, qui se retrouvent dans des situations complexes (l'expression "total kheops", tirée d'une chanson de l'album Sad Hill, du groupe marseillais IAM, signifiant vulgairement "bordel complexe").

Un roman qui sonne juste, et un style bien particulier : Izzo utilise des phrases courtes, leur donnant beaucoup de dynamisme et de force. 

Moi qui ai déjà visité deux fois Marseille, j'ai pu lire dans ce roman une magnifique déclaration d'amour pour cette ville de passion et de couleurs, une histoire d'hommes, de sensibilité d'âme et de générosité. L'auteur, épris de sa ville natale et des gens, nous fait découvrir tour à tour ses paysages méditerranéens, sa gastronomie, ses rues, du Vieux-Port à la Canebière en passant par la cathédrale de la Major ou le célèbre quartier du Panier. Telle une invitation au voyage, cette ville nous est si attirante dans les mots de l'auteur.

Indispensable à lire, et une bonne raison de visiter Marseille, ville culturelle en 2013.

samedi 24 août 2013

Sans famille - Hector Malot

Plus jeunes, les gens de ma génération se souviennent du dessin animé Sans famille et sa célèbre musique de générique qui passaient sur les petits écrans dans les années 1980, à la manière d'un grand feuilleton romanesque. Nous étions sensibles au destin du petit garçon en quête de sa mère. Sans famille est d'abord une adaptation du célèbre roman, écrit par Hector Malot (1830-1907) et paru en 1878. 


Livre de poche, 406 pages 
L'histoire commence à Chavanon, petit village d'Auvergne, dans le Limousin. Jérôme Barberin vit avec son épouse. Absent une grande partie de l'année, il travaille comme maçon à Paris. Un jour, il découvre un nourrisson. Dans l'espoir d'obtenir une bonne récompense, Barberin propose de le confier à sa femme qui prend soin de lui et le nomme Rémi. Plus tard, blessé dans un accident, et engagé dans un coûteux procès contre son employeur, l'homme doit se résoudre à vendre sa vache et à abandonner surtout le jeune enfant. C'est alors qu'il est vendu à un certain Vitalis, un vieux saltimbanque qui parcourt la France avec sa petite troupe : trois chiens Capi, Dolce et Zerbino, et un singe prénommé Joli-Coeur, donnant des représentations dans les villages qu'il traverse. D'abord effondré de devoir quitter sa mère adoptive, Rémi se console car son Maître Vitalis lui fait apprendre quantité de choses, notamment à lire et à écrire. Les voyages ne sont pas de tout repos, été comme hiver. La troupe perd ses membres les uns après les autres et Rémi se retrouve désormais seul sur les routes de France...

Mon avis : Sans Famille fait partie de ces romans de jeunesse qui laissent un souvenir inoubliable. Les enfants peuvent s'identifier au jeune Rémi, à l'âge le plus tendre.

Roman d'initiation et d'aventures, il est aussi une peinture réaliste de la France du XIXe siècle. Le lecteur ne peut s'empêcher d'être ému par le sort réservé aux enfants défavorisés. A cet égard, on relève des scènes tristes mais le chagrin passe rapidement car Rémi a la joie de vivre, naturellement optimiste et courageux. 

Un très bon roman, à l'écriture limpide et au vocabulaire toujours très juste.  

dimanche 9 juin 2013

Pêcheur d'Islande - Pierre Loti

Pierre Loti (1850-1923), de son vrai nom Julien Viaud, est né dans une famille protestante. Il a mené parallèlement à l'écriture une carrière d'officier de marine. Ce sont précisément ses nombreux voyages en tant que marin qui vont lui inspirer ses romans, dont Pêcheur d'Islande paru en 1886 et qui fut pour le coup un de ses plus grands succès littéraires.


Folio, 338 pages 
A Paimpol, une bourgade du Nord de la Bretagne, chaque printemps et été, tous les hommes en âge de naviguer partent durant des semaines au large de l'Islande pour pêcher la morue, malgré les tempêtes et les dangers des mers du Nord. Pour ces Islandais (on les nomme ainsi), il s'agit d'une période étrange qui débute, par petits groupes, dans des bateaux minuscules, aux conditions de travail difficiles et fatigantes, sous le soleil de minuit. Yann et Sylvestre sont deux jeunes marins embauchés à bord de la Marie, un navire de pêche. Tandis que Sylvestre termine sa dernière campagne de pêche avant de rejoindre la Marine nationale pour cinq ans de service militaire, Yann, le grand gaillard taciturne et fier, reste un éternel célibataire. Un jour, lors d'un bal, celui-ci rencontre Gaud, une jeune demoiselle aux mains soignées, fille d'un gros commerçant de la ville. Ils dansent ensemble toute la soirée avant de se quitter. Puis vient la campagne de pêche. Gaud ne peut oublier le jeune homme dont elle est éprise. Elle attend avec impatience son retour d'Islande...

Mon avis : voici un magnifique roman qui ne laisse pas indifférent le lecteur tant la profondeur des sentiments y est décrite avec justesse. Une histoire d'amour et de souffrance. L'auteur fait preuve d'une empathie bouleversante pour nous transporter dans la peau de ses personnages. Il y déploie une écriture belle et puissante, saisissante de vérité pour dépeindre la rude vie des pêcheurs bretons et a contribué d'une certaine manière à créer la légende autour de la vie de ces hommes.

Un classique de la littérature française, je le conseille à tous ceux qui aiment les belles Lettres et aux amoureux de la Bretagne.

mardi 21 mai 2013

Le temps de la sorcière - Arni Thorarinsson

Paru en 2007, Le temps de la sorcière est le premier roman de l'Islandais Arni Thorarinsson (1950-), journaliste de profession qui s'est lancé dans l'écriture de romans policiers.

Points, 426 pages 
Journaliste au quotidien islandais le journal du soir, Einar se voit muté, par la nouvelle rédaction en chef, à Akureyri, ville importante du nord du pays, officiellement pour faire du journalisme "de proximité" et diversifier la ligne éditoriale, officieusement parce que son alcoolisme n'était plus supportable à Reykjavik. En compagnie d'un collègue bouffon et Joa, photographe  avec qui il passe de bons moments, il s'acquitte de sa tâche avec ennui en couvrant l'actualité des chiens écrasés et en proposant la question du jour à cinq passants rencontrés dans la rue. Voilà pourtant, que des faits divers se multiplient étrangement : la mort accidentelle d'une femme lors d'une excursion organisée par l'entreprise dont le mari et elle sont les propriétaires, la disparition d'un brillant lycéen passionné de théâtre jusqu'à ce qu'on le retrouve mort dans une décharge, le suicide d'une de ses amies... Faisant preuve de souplesse et d'imagination, le journaliste Einar mène sa propre enquête, quitte à endosser quelques critiques...

Mon avis : je viens de découvrir cet auteur et je dois dire que j'ai été particulièrement déçu. Un sujet qui aurait pu être traité de manière très intéressante mais finalement à peine effleuré. Dès le début, l'on regrettera une longueur, voire une lenteur dans le rythme qui amène inévitablement à la monotonie et à l'ennui. J'ai failli abandonner le roman à quelques reprises. Des dialogues peu engageants, un humour pas toujours bien maîtrisé. L'auteur se perd dans toutes sortes de descriptions et de digressions qui n'apportent rien à l'intrigue. Je ne pense pas qu'il faille remettre en cause la traduction française d'Eric Boury, celui-là même qui est le traducteur d'un autre auteur islandais - Indridason dont j'ai présenté un article il y a quelques semaines.

Vous l'aurez compris, pour ma part, une enquête policière fastidieuse et peu captivante.

jeudi 9 mai 2013

La grimace - Henrich BÖLL

Il y a quarante et un ans, en 1972, Heinrich Böll (1917-1985), recevait le prix Nobel de littérature. Issu de la petite bourgeoisie catholique de Cologne, cet écrivain qui a longtemps été considéré comme le plus important et le plus représentatif de la littérature allemande de son époque, gardera toujours un lien affectif très étroit avec ce milieu et cette région. Comme bon nombre de jeunes hommes de sa génération, Heinrich Böll a été soldat de la Wehrmacht, prisonnier de guerre en 1945. C'est après son retour de captivité qu'il se tourne vers la littérature. L'Allemagne de la guerre et des premières années de l'après-guerre va constituer le décor de ses premiers romans. Dans les années 1960 et 1970, il devient une conscience acérée, engagée et courageuse. Le Roman, la grimace, en est une parfaite illustration.

Points, 282 pages 
Fils d'un industriel rhénan, Hans Schnier, jeune homme de vingt ans, était prédestiné à suivre tout naturellement la trace de sa riche famille protestante. Mais il ne l'a pas entendu de cette oreille. Par choix et parce qu'il refuse le luxe, il devient clown pour se révolter contre son milieu qu'il tourne en dérision. Sa famille le rejette. Depuis six ans, Hans vit avec son amie Marie Derkum, une catholique. Sa vie ne va pourtant pas tarder à basculer lorsque celle-ci se brouille avec lui pour des raisons d'éducation religieuse des enfants à venir. Elle le quitte après avoir rencontré Küpfner, premier dignitaire de l'Eglise catholique allemande. Hans le clown ne parvient plus à faire rire les gens. Petit à petit, les représentants du groupe socio-culturel que fréquente sa femme, voient Hans d'un mauvais oeil, manifestent leur hostilité à son égard et commencent à l'exclure. Le départ de Marie laisse Hans désemparé. Il tente de rechercher sa femme à Bonn. Dans sa chambre d'hôtel, il se met à boire. Délaissé, il tombe dans la marginalité. C'est le début de la déchéance...

Mon avis : sans doute l'un des plus beaux romans allemands de l'après-guerre, peut-être encore trop méconnu en France, pour les non germanistes. Un roman dur et sombre, écrit avec des mots simples, des phrases courtes mais d'une limpidité remarquable.

Par le biais de son personnage marginal qui s'est volontairement mis à l'écart de la société, l'auteur porte un regard critique sur cette Allemagne de l'Ouest fière de son miracle économique, raillant la démocratie chrétienne et ce conformisme bourgeois béat, habitée par une sorte d'amnésie douceâtre à l'égard du passé nazi. Le personnage de Böll refuse cette "bonne" conscience et, empreint d'un style mordant, dénonce cette société qui se précipite avec frénésie sur les biens de consommation, prisonnière de son confort moral égoïste et hypocrite, où les médias, vendeurs d'opinions au rabais, jouent les somnifères de masses. Ecrit il y a tout juste cinquante ans, ce roman garde toute son actualité. 

Heinrich Böll est un grand écrivain à re-découvrir.

lundi 29 avril 2013

La métamorphose - Franz kafka

Les lecteurs, qui suivent mon blog depuis son origine, ont déjà pu découvrir et apprécier l'univers de Franz Kafka (1883-1924), considéré depuis longtemps comme l'un des plus grands de la littérature universelle. Né à Prague, Kafka est le fils d'un commerçant juif, d'origine campagnarde, qui parlait mieux le tchèque que l'allemand, et qui était venu tenter sa chance dans la capitale du royaume de Bohême. Après des études universitaires et un doctorat en droit, Kafka trouve un emploi dans une compagnie d'assurances où il deviendra un cadre supérieur modèle, rédigeant des rapports fort bien documentés sur les accidents du travail, pour lesquels il propose des mesures techniques de prévention. Parallèlement à cette activité professionnelle, il fait partie d'un groupe de jeunes gens qui s'intéressent à la littérature. C'est dans les années 1910 et sur les conseils d'amis qu'il commence à écrire.

Nouvelle écrite en 1912, à l'âge de vingt-neuf ans, La métamorphose (die Verwandlung, titre originale) reste l'une de ses oeuvres majeures mais l'une des plus énigmatiques et discutées aussi. 

Folio classique, 144 pages 
Les premières lignes énoncent une nouvelle invraisemblable, aussi terrifiante que grotesque : Gregor Samsa, un représentant de commerce, se réveille un beau matin transformé en un énorme insecte, un cafard. Suscitant effroi, dégoût et incompréhension de la part de sa famille chez qui il habite, il ne peut que rester reclus dans sa chambre. Pourtant, et comme il est un employé modèle et consciencieux, il fait tous ses efforts pour aller prendre son train et travailler. Il ne le pourra évidemment pas. Cette soudaine et incroyable transformation en vermine devient en réalité le résultat d'un piège cruel, mis en place par le père de Gregor, qui a trouvé une ruse pour à la fois imposer à son fils de travailler et le lui interdire. Etant la seule source de revenus ou presque de sa famille, Gregor va devoir faire face aux difficultés que crée sa nouvelle situation, dont l'affreuse impossibilité de toute vie sociale et familiale...

Mon avis : cette nouvelle fait partie de mes toutes premières lectures. Dès le début, le lecteur saisit que ce n'est pas le caractère fantastique qui est intéressant en soi ; c'est plutôt l'histoire et ses conséquences qui se déroulent ensuite. En effet, la transformation d'un homme en animal, si elle semble s'inspirer de la littérature fantastique, correspond à un jeu du langage : il est ainsi courant par exemple de désigner un être humain comme un âne ou un porc... Et Kafka ne manque pas de talent en prenant soin précisément de ne pas décrire son personnage, encore moins de donner le début d'une explication scientifique à cette transformation étrange. C'est avant tout l'histoire d'un homme progressivement délaissé qui est contée. Toute nouvelle tentative de réinsertion - professionnelle, sociale ou familiale - est écrasée. Même sa propre soeur l'a abandonné. La métamorphose existe, c'est une fatalité. Seules les sensations comptent.

La métamorphose n'est donc qu'une allégorie, elle n'a rien de fantastique, mais au contraire d'un réalisme pur car la vie s'avère souvent amère lorsque le coeur d'un homme est fort sensible.

L'auteur met ainsi en exergue le caractère absurde de la vie - une constante dans l'oeuvre de l'auteur, l'angoisse et l'absence de signification de la vie -, et au bout du "chemin", la mort qui finit par se révéler libératrice.

Pour ceux qui veulent découvrir Kafka, je vous le conseille assurément.

lundi 22 avril 2013

L'heure trouble - Johan Theorin

Après Indridason (voir l'article précédent), me voilà à nouveau plongé dans la littérature policière scandinave.

L'heure trouble est le premier roman de l'écrivain suédois, Johan Theorin, né en 1963 à Göteborg, paru en français en 2009.

Le Livre de poche, 531 pages 
Nous sommes en 1972. Jens, un jeune garçon de six ans, laissé à la garde de ses grands-parents s'est volatilisé un matin d'automne, par une journée de brouillard épais, dans la petite île d'Öland. Son corps n'a jamais été retrouvé malgré de longues et minutieuses recherches. La police finit par conclure à sa disparition dans le dangereux chenal qui sépare l'île du continent. Julia, la mère de l'enfant, est inconsolable. Vingt ans plus tard, entre tentation de l'alcool et dépression, Julia Davidsson n'est toujours pas parvenue à faire son deuil. Elle rumine sans cesse cette absence et en veut beaucoup à son père Gerlof qui était tenu de le surveiller. Celui-ci vit aujourd'hui dans une paisible maison de retraite. Un jour, contre toute attente, il reçoit par la poste une enveloppe anonyme contenant une sandale qui semble en tous points identique à celle que portait son petit-fils, le jour de sa disparition. Gerlof garde pourtant son sang-froid et rappelle Julia dans l'île pour éclaircir une partie du mystère. Cet événement va convaincre la mère du petit garçon de renouer le contact avec son père. L'île devenue touristique, leur enquête va les mener sur la piste d'un homme au passé trouble et violent, un certain Nils Kant, fils d'une riche famille, qui aurait fui l'île au sortir de la seconde guerre mondiale...

Mon avis : dépaysement garanti ! un roman policier atypique. Une mère dépressive et  un vieil homme mal en point mais têtu forment ce couple d'enquêteurs improbable, à la recherche de l'enfant. Personnages touchants et très convaincants, ils incarnent une belle et terrible histoire de deuil au coeur de l'atmosphère étrange, ventée et brumeuse de l'île d'Öland. Nous apprenons dès le début du roman que les destins de Jens et Nils Kant sont vraisemblablement liés puisqu'ils se rencontrent le jour de la disparition.  Au fil de la lecture, l'île devient rapidement le sujet principal de ce roman.

Une intrigue bien ficelée, où passé et présent s'entrecroisent. L'écriture est claire, sans emphase. L'auteur sait capter rapidement l'attention du lecteur. Les descriptions ne sont pas trop longues mais restent précises.

Un très bon roman qui mérite certainement la récompense du meilleur roman policier suédois 2007.


mardi 26 mars 2013

La cité des Jarres - Arnaldur Indridason

Arnaldur Indridason est un enfant de Reykjavik, né en 1961 dans la capitale islandaise. L'amour de l'écriture, Indridason l'a cultivée dès son plus jeune âge. Après une brève expérience journalistique dans les années 1980, critique  de cinéma et un diplôme d'histoire en poche, il écrit son premier roman, publié en 1998. Il se découvre alors auteur de romans noirs. Son troisième livre, Myrin (traduit en français par La cité des jarres) est son premier grand succès. Il est pour la première fois traduit et publié à l'étranger. Auteur incontournable dans son pays, il est aujourd'hui l'image même de la littérature islandaise contemporaine.

Publié en France en 2005, la cité des jarres est le premier volet de la série des enquêtes du commissaire Erlendur Sveinsson.

Points, 330 pages
L'hiver approche à grand pas en Islande. Pluie incessante et baisse des températures, c'est dans ce climat maussade qu'un vieil homme solitaire, nommé Holberg, est retrouvé mort dans son appartement. La police aurait pu conclure à un accident domestique. C'était sans compter la découverte d'un morceau de papier laissé sur le cadavre sur lequel est griffonné un message sibyllin. L'inspecteur Erlendur, accompagné de ses collègues Sigurdur Oli et Elinborg entament l'enquête. Erlendur est pourtant perplexe, persuadé qu'il ne s'agit pas d'un crime ordinaire, d'une banale querelle ou d'un cambriolage qui aurait mal tourné. Au fil d'une enquête longue et difficile, Erlendur parvient à dresser la véritable nature de l'homme. Ce qui ressemblait à un simple crime crapuleux va rapidement prendre une tournure bien plus sordide. Les enquêteurs se retrouvent plongés dans des faits perpétrés il y a plus de quarante ans laissant apparaître un passé nauséabond et lourd de secrets. La victime du meurtre aurait persécuté et violé une jeune femme, laquelle serait tombée enceinte d'une petite fille prénommée Audur, morte à l'âge de quatre ans des suites d'une tumeur au cerveau...


Mon avis : avec ce premier roman, nous entrons de plein-pied dans un voyage humide et glauque au coeur de l'Islande, île de feu et de glace, offrant au lecteur une ambiance propre aux polars venus du nord, une tonalité rude et sombre. Indridason brosse le portrait d'une Islande, loin des clichés alléchants et habituels présentées par les brochures touristiques.

Erlendur Sveinsson est un vieux briscard de la police, un anti-héros : solitaire, caractériel, rude au premier abord, intelligent et persévérant, il est aussi abîmé par la vie, tourmenté par ses douloureux souvenirs d'enfance, usé par les années d'un métier qui ronge inexorablement l'âme. Plus tout jeune (la cinquantaine), il est divorcé et père de deux grands enfants : son garçon Sindri Snaer qu'il ne voit plus et sa fille Eva Lind qu'il tente tant bien que mal de sortir de l'enfer de la drogue.

Autour d'Erlendur gravitent ses deux coéquipiers : Elinborg, femme célibataire et sans enfants s'implique avec énergie aux affaires tandis que Sigurdur Oli, plus préoccupé par sa vie personnelle et ses relations tumultueuses avec sa compagne, peine à rester concentré sur le travail.

Sans dévoiler l'histoire, je dirai que l'intrigue est intéressante, mêlant malaise et curiosité, au style posé, dans une lecture agréable et accrocheuse.

Vous l'aurez compris, je viens donc de faire la découverte du polar islandais. Un roman écrit avec grand soin, des personnages attachants. Bref, les Islandais ne font pas que régler admirablement et judicieusement une crise financière (en référence à la douloureuse crise qui a touché de plein fouet le système économique et bancaire de ce pays en 2008), ils savent également écrire des romans policiers dignes de ce nom. Je ne puis que vous le conseiller !

jeudi 7 mars 2013

Le deuil et l'oubli - John Harvey

Le deuil et l'oubli est un roman de l'écrivain anglais John Harvey (1938), paru en 2011.

Rivages, 445 pages 
Durant l'été 1995, dans un camping en Cornouailles, deux adolescentes de treize ans, Heather Pierce et Kelly Efford partent se baigner. La nuit tombe et les deux amies se perdent dans un épais brouillard en revenant de la plage. Le lendemain matin, après de longues recherches, on retrouve Kelly, faible et traumatisée, recueillie par Francis Gibbens, un marginal reclus avec ses chèvres, tandis que Heather est découverte quelques jours plus tard le long de la côte sur la corniche d'une ancienne rotonde. La thèse de l'accident est retenue mais le doute plane pour l'inspecteur Cordon, en charge de l'enquête. Quatorze ans se sont écoulés, le mariage de Ruth et de Simon Pierce, n'a pas résisté à la disparition tragique de leur fille. La mère a refait sa vie à Cambridge avec Andrew et lui a donné un autre enfant, une petite fille de dix ans prénommée Béatrice. Alors qu'elle croit avoir fait le deuil de sa première fille, le cauchemar recommence quand Béatrice est à son tour portée disparue. Deux nouveaux inspecteurs, Will Grayson et Helen Walker, vont remuer ciel et terre pour retrouver l'enfant...

Mon avis : les disparitions d'enfants sont toujours un sujet délicat et bouleversant. Avec ce roman noir, John Harvey parvient à le traiter en finesse. Prenant son temps pour développer l'intrigue, l'auteur tisse son récit avec une maîtrise totale fouillant subtilement l'esprit humain. Sans jamais tomber dans l'excès des émotions et l'horreur inutile, l'auteur nous propose un récit complexe dans sa construction mais limpide dans sa narration, s'appuyant sur le ressenti des protagonistes.

S'il s'agit d'une lecture captivante et fascinante, l'on peut regretter toutefois une fin qui a tendance à s'essouffler. C'est le seul bémol que j'apporterai à cette oeuvre.

Il reste que ce polar est touchant et plutôt bien écrit, en un mot un polar juste et intelligent. A découvrir.

lundi 25 février 2013

L'Ecume des jours

Doit-on encore présenter ce livre de Boris Vian (1920-1959) ? J'ai découvert cet auteur il y a vingt-cinq ans. Trop jeune à l'époque, je souhaitais vivement relire cette oeuvre avec la maturité en plus.

10/18, 315 pages 
Colin est un jeune homme heureux et fortuné, entouré de ses amis et d'un cuisinier prénommé Nicolas qui lui mitonne de bons petits plats. Tout est merveilleux au premier abord et pourtant il lui manque une chose : l'amour. Cet amour qu'il envie à Alise et Chick, l'ingénieur, ce dernier passant son temps à collectionner les oeuvres de Jean-Sol Partre. Un jour, Colin rencontre Chloé, une jeune fille souriante et superficielle. Les choses se décident, le couple se marie. Ils filent le parfait amour. Oui mais voilà, la maladie arrive... Au cours du voyage de noces, la jeune fille prend froid et tousse. Le professeur Mangemanche diagnostique la présence d'un nénuphar dans le poumon droit, lui dévorant lentement la vie. Le seul remède qui reste à Colin : l'entourer d'une myriade de fleurs dont elle doit inhaler le parfum, tentant coûte que coûte d'insuffler la vie à sa bien-aimée...

Mon avis : Boris Vian raconte à merveille l'histoire d'un amour réciproque voué à un bonheur parfait : l'intelligence, la beauté et la richesse. Cet amour se laisse dévoré par la terrible maladie, plongeant le lecteur dans une ambiance sombre et oppressante  ; joies et peines s'entremêlant jusqu'à le bouleverser, le tout sur un air de jazz et de nonchalance surréaliste. Aucun répit n'est laissé aux personnages et le lecteur ne peut rester insensible. 

Le style de Vian, à la fois simple, enchanteur et complexe, nous emporte dans un tourbillon d'émotions où la naïveté de l'être humain et la terrible fatalité se croisent dans un univers décalé, romantique et poétique.

A lire ou relire sans hésitation aucune !


samedi 10 novembre 2012

Visite à Godenholm - Ernst Jünger

Si l'écrivain allemand Ernst Jünger (1895-1998) a longtemps été contesté dans son propre pays, sa notoriété n'a jamais été démentie en France, où il apparaît comme l'incarnation du dandy héroïque et raffiné, de l'officier allemand cultivé, francophile et francophone. En 1995, lors de son centième anniversaire, le Président français, François Mitterrand (1916-1996), l'invita à déjeuner au Palais de l'Elysée et souligna que Jünger était resté un "homme libre", cultivant une pensée détachée de tout poncif. 

De par sa vénérable longévité, Jünger a été témoin de l'histoire européenne du XXe siècle. Il a participé aux deux guerres mondiales : d'abord engagé en 1913, à l'âge de 18 ans, dans la Légion étrangère, héros de Verdun, récompensé par la plus haute décoration prussienne ; puis comme officier de l'administration militaire d'occupation à Paris, en 1941 au cours de laquelle il fréquente tout ce que la capitale compte alors d'intellectuels et d'artistes, collaborateurs affichés ou non.

10/18, 123 pages 
Un jour de décembre, en plein coeur de l'hiver, une barque emporte trois jeunes gens vers la petite île de Godenholm, située au large des côtes scandinaves, où vit le maître des lieux, Schwarzenberg, un vieil homme philosophe, au sourire mystérieux, grand voyageur et sage reclus. Les trois amis sont très différents : Moltner un neurologue, son ami Ejnar archéologue spécialiste de la préhistoire, qu'il a rencontré à la guerre, et la fille Ulma qui connaît Schwarzenberg depuis sa petite enfance. Dans ce pays nordique austère et gris, souvent isolé par les longues nuits d'hiver, l'atmosphère y est étrange. A leur arrivée sur l'île, ils sont introduits auprès du sage qui vit dans une ferme surmontée d'un phare. Entre rêves et enchantements, nos trois personnes sont en quête de vérité sur le sens donné à leur vie, attendant auprès du sage, la fameuse réponse...

Mon avis : publié en 1953, ce court roman est caractéristique de l'oeuvre d'Ernst Jünger. Ecrit après la Seconde guerre mondiale, le style est extrêmement lent, empreint d'une solennité et le récit se déploie avec une élégance presque songeuse, hypnotique. Ici aucune dimension politique mais l'écrivain y célèbre l'homme libre qu'incarne majestueusement Schwarzenberg. 

mardi 4 septembre 2012

Les naufragés de l'île Tromelin - Irène Frain

Née en Bretagne en 1950, agrégée de lettres classiques, Irène Frain embrasse la carrière d'enseignante à la Sorbonne à Paris. C'est tout naturellement qu'elle se consacre à l'écriture. Elle publie son premier roman Le Nabab en 1982, lequel connaît un très large succès. Forte de cette reconnaissance, elle continue à écrire ; d'autres ouvrages voient le jour. En 2009, elle publie Les Naufragés de l'île Tromelin, qui lui vaut le Prix Relay du roman d'évasion et le Grand prix Palatine du Roman Historique.

Ce roman apparaît comme un récit aussi saisissant que dramatique, nous emmenant dans l'océan indien, sur un étrange et minuscule bloc de corail, perdu au milieu de nulle part : l'île Tromelin.

J'ai lu, 341 pages
Tout commence en juillet 1761. Le capitaine Jean de Lafargue conduit "L'Utile", un navire de la Compagnie française des Indes orientales. A côté des cent quarante-deux membres d'équipage, le vaisseau transporte tout à fait illégalement une cargaison d'une centaine d'hommes, femmes et enfants Malgaches destinés à être vendus comme esclaves à l'île de France (l'île Maurice). Le navire n'arrivera pas à destination. Pris dans une violente tempête, il échoue dans les récifs qui entourent un minuscule îlot coralien, l'île des sables. Les survivants, Noirs et Blancs, doivent cohabiter et s'organisent plus au moins. Un officier, Léon Castellan, propose de construire une embarcation mais ses propres marins refusent de se lancer dans une telle entreprise. Ce sont les esclaves qui acceptent. Deux mois plus tard, pourtant, une terrible surprise les attend...

Mon avis : basé sur des faits réels, s'inspirant des résultats de fouilles d'une mission archéologique, Irène Frain nous retrace l'un des épisodes les plus sombres de l'Histoire de France, en particulier celle de son passé négrier, encore souvent méconnue pour beaucoup d'entre nous. L'écrivain a effectué un formidable travail de recherches et est parvenue à faire revivre ces personnages. Une reconstitution passionnante, une aventure humaine bouleversante, fait que cette histoire nous tient en haleine jusqu'à la fin.

Si l'auteur romance légèrement certains passages du livre en raison de la rareté des archives, le drame fait ressortir une vérité criante, une injustice qui fait corps tout au long des chapitres jusqu'au dénouement final.

C'est un bel ouvrage enrichissant que je recommande, sans hésitation, pour l'authenticité de son récit.


L'île Tromelin

mercredi 22 août 2012

A l'Ouest, rien de nouveau - Erich Maria Remarque

Erich Maria Remarque, né à Osnabrück, en Allemagne en 1898 et mort en 1970 à Locarno en Suisse, fait paraître en 1929 un roman qui lui vaut aussitôt une célébrité mondiale et demeure encore aujourd'hui un ouvrage-clef sur le premier conflit mondial, Im Westen nichts Neues, traduit en français "A l'Ouest, rien de nouveau". A leur prise de pouvoir en 1933, les nazis ne s'y trompent pas ; ils dénoncent le livre comme "trahison envers les soldats de la guerre mondiale", le brûlent solennellement et, déchoient l'auteur de sa nationalité allemande.

Le Livre de poche, 224 pages
Après avoir martelé, avec tant de conviction, des discours nationalistes et militaristes, leur professeur Kantorek pousse Paul Bäumer et tous ses camarades de classe à quitter le collège et s'engager volontairement dans l'armée allemande, à prendre part à cette terrible guerre qui oppose l'Allemagne à la France et la Grande Bretagne. Au bout de dix semaines d'entraînement intensif, Paul et ses amis découvrent l'horreur de la guerre, la brutalité de la vie au front. Obligé de mûrir d'un coup à 19 ans, Paul remet en cause son idéal patriotique et les références morales qu'on lui a inculqués. Le jeune soldat se sent soudain trahi par ses maîtres...

Mon avis : l'auteur signe avec ce roman une très belle mais tragique représentation de cette jeunesse sacrifiée sur les fronts de la Somme et des Flandres. Remarque qui, a été incorporé dans l'armée en 1916 et envoyé sur le front de l'Ouest en 1917, veut décrire et non accuser, mais la description devient par elle-même accusation, qu'elle ait pour objet les assauts à l'arme blanche, le comportement des gradés, à l'instar du cruel et imbécile caporal Himmelstoss, ou l'incompréhension suffisante des civils.

Compte tenu de la nature même des faits, bien que très réaliste et explicite (notamment les batailles dans les tranchées ou les attaques au gaz asphyxiant), l'auteur a évité de verser dans un récit sanguinolent et parvient de facto à s'abstenir de tout voyeurisme stérile. Son écriture nous bouleverse par sa justesse et son accessibilité ; une qualité indéniable du livre. On ne reste pas indifférent face à tant de vies brisées et gâchées.

mercredi 8 août 2012

Le grand Meaulnes - Alain-Fournier

Alain-Fournier, de son vrai nom Henri Alban Fournier, est né en octobre 1886 à la Chapelle d'Angillon (Cher). Il fait ses études à Paris et prépare le concours d'entrée à l'Ecole Normale Supérieure. Après son échec à l'oral de Normale, il fait son service militaire en 1907. En 1910, il est engagé comme chroniqueur littéraire à Paris-Journal. C'est à cette époque qu'il commence à rédiger quelques poèmes et contes, lesquels connaissent un certain succès. A l'automne 1913 paraît son premier roman, Le Grand Meaulnes, qui sera unanimement salué par la critique de l'époque. Août 1914, la France entre dans la première Guerre mondiale. Alain-Fournier est mobilisé en tant que lieutenant de réserve. Il est déclaré "disparu à l'ennemi" le 22 septembre 1914 dans la région de Verdun. Il avait vingt-sept ans.

Le Livre de poche, 352 pages
Augustin Meaulnes, un adolescent de dix-sept ans, fils d'une riche famille, est placé comme pensionnaire chez un instituteur de la région, un certain Monsieur Seurel. Elève du cours supérieur à Sainte-Agathe, un village proche des bords du Cher et de la Sologne, Augustin devient rapidement l'ami et le confident de François, le fils unique de l'instituteur, souffrant d'un léger handicap à la jambe qui le fait boiter. Quelques jours avant les vacances de Noël, Meaulnes disparaît. Certains pensent déjà à une fugue. Il part en fait sans autorisation à la gare récupérer les grands-parents de François. L'adolescent traverse un village de la Sologne, s'égare et arrive finalement dans un château mystérieux, dissimulé dans les sapins, où se déroulent les préparatifs d'une étrange fête à laquelle ne semblent confiés qu'enfants et adolescents. C'est là qu'Augustin croise une jeune fille, Yvonne de Galais, dont il tombera éperdument amoureux... 

Mon avis : c'est toujours avec une certaine émotion que je pense à Alain-Fournier, au destin cruel, jeté dans la barbarie de la Grande Guerre. L'auteur avait un talent évident, une plume fort agréable, exprimant une grande sensibilité de l'âme. Certes, le thème du roman n'est pas nouveau, il s'agit bien d'un récit de vie, d'amitié, d'amour et d'aventures, mais ce qui dégage du livre est une mélancolie, une atmosphère délicate, une poésie d'une qualité rare, plongeant le lecteur entre rêve et réalité. Un roman d'une grande richesse : une histoire qui reflète avec finesse les attentes, les rêves et les tourments de l'adolescence insouciante et, des personnages marquants qui nous fascinent à l'image du Grand Meaulnes, cet adolescent rêveur, énigmatique et turbulent, en quête d'aventures et de bonheur absolu.

Bien qu'il soit un "classique" de la littérature française, ce livre reste paradoxalement méconnu de notre jeunesse. On ne peut que le regretter.

A tous ceux qui hésitent encore, je vous laisse découvrir ce magnifique roman !

lundi 30 juillet 2012

Hamlet - William Shakespeare

Et si l'on parlait pour une fois de théâtre ! Une première pour ce blog... Je ne vous cache pas, chers amis lecteurs, que lire une pièce de théâtre, n'est pas chose évidente. La tâche a toujours été fastidieuse, en proie à une certaine appréhension, lorsqu'il fallait lire, au collège, par exemple une pièce de Molière. Sans doute trop jeune pour comprendre toutes les subtilités et la richesse de l'auteur. Quoi qu'il en soit, ce n'est pas de Molière dont je vais vous parler aujourd'hui, mais d'un auteur de culture anglaise, considéré comme l'un des plus grands poètes et dramaturges, il s'agit de William Shakespeare (1564-1616).

J'ai découvert cet écrivain et sa pièce, Hamlet, il y a déjà une quinzaine d'années. Cette pièce, l'une des plus connues, est aussi l'une des plus longues. Elle méritait d'être présentée brièvement ici.

Librio Théâtre, 127 pages
L'histoire prend place en Scandinavie. Hamlet est le fils du roi de Danemark, remplacé sur le trône par son frère aîné Claudius. La nuit, dans les couloirs du château d'Elseneur, rode un spectre, celui du souverain défunt, qui apparaît, un jour, à son fils Hamlet, pour lui révéler qu'il est mort empoisonné par Claudius. Celui-ci, nouveau roi, a épousé la reine, Gertrude, qui n'est autre que la mère d'Hamlet. Le spectre convainc son fils d'accomplir son devoir en le vengeant de Claudius. Le prince Hamlet en est bouleversé. Pour mener à bien ce terrible châtiment et, sans éveiller le moindre soupçon, le prince feint la folie. Malgré une attitude de plus en plus insolente à l'égard de son oncle, le roi Claudius, Hamlet diffère sans cesse le passage à l'acte. Et Claudius ne tarde pas à se méfier...

Mon avis :  un très grand moment de lecture. Tous les sentiments humains se retrouvent dans cette pièce, les plus louables aux plus infâmes. Hamlet est un personnage tout en nuance, qui se complexifie, s'interrogeant sur le sens de la vie. Il illustre parfaitement la manière dont le genre humain se conduit lorsqu'il fait face à un drame. On est pris par le rythme de la pièce, son souffle. L'atmosphère qui s'y dégage est menaçante. Le lecteur se laisse porter par le plaisir de l'intrigue et de ses péripéties.

L'auteur a su donner à cette histoire une dimension unique, grâce notamment à la profondeur psychologique de ses personnages, grâce aussi à l'innovation de la pièce (la vengeance promise est sans cesse reportée).

Assurément, une oeuvre majeure et moderne, que je ne puis que vous conseiller !

mercredi 18 juillet 2012

Courir avec des ciseaux - Augusten Burroughs

Les lecteurs qui ont l'habitude de parcourir mon blog ont pu constater, avec émoi, mon absence remarquée depuis trois mois. Une pause était nécessaire, après de nombreuses soirées de lecture.

En cette période "estivale", me voilà donc de retour avec un nouveau billet, consacré à un auteur américain, Augusten Burroughs, né en 1965 à Pittsburg. Le livre, Courir avec des ciseaux, est son premier texte et peut être qualifié d'autobiographique, l'auteur y décrit son enfance et adolescence douloureuse dans les années 1970, au travers d'une éducation atypique.

10/18, 318 pages
Augusten a onze ans au début du récit. Il passe une enfance inhabituelle, entre une mère égocentrique et narcissique, un père professeur d'université alcoolique et un frère plus âgé et distant. Progressivement, le jeune adolescent assiste aux disputes violentes qui opposent ses parents. Le père finit par quitter définitivement la maison. La mère, psychologiquement instable, persuadée d'être une grande poétesse, se confie quotidiennement à un psychiatre, aux méthodes peu orthodoxes, le Docteur Finch. Elle enchaîne les épisodes psychotiques, entame une liaison avec l'épouse d'un pasteur et décide finalement d'envoyer son fils chez son propre psy. Une nouvelle vie commence alors pour Augusten au sein d'une famille où la liberté est le maître mot, où chacun est libre de ses choix...

Mon avis : un livre plutôt décevant et ennuyeux. Si l'on y relève quelques situations cocasses, l'ensemble reste assez médiocre (une écriture pas assez travaillée) et l'ambiance très malsaine. L'auteur n'épargne pas son lecteur, tout y est présenté crûment, dans le moindre détail, sans aucune prise de distance. L'auteur a voulu sans doute nous présenter les faits tels quels, à l'image de cette famille totalement délétère. Il a visiblement beaucoup souffert et nous a fait partager cette terrible souffrance...

Pitoyable à tout niveau, à oublier de toute urgence !

mardi 17 avril 2012

Les anges s'habillent en caillera - Rachid Santaki

Né en 1973 à Saint-Ouen, Rachid Santaki est le fondateur du magazine 5styles. Très actif dans le milieu associatif, il a notamment co-fondé Saint-Denis positif. En 2011, il nous propose son premier polar inspiré de la vie du "Marseillais", un jeune escroc à la ruse bien connu de Saint-Denis.

Points, 261 pages
Ilyès, dit le "Marseillais", jeune marocain du "9-3", de Saint-Denis , vient de sortir de prison après dix-huit mois. Ce voyou "hors norme" qui aime écouter Brel, Renaud ou Aznavour est considéré comme le plus doué de sa génération, une légende en banlieue. Alors que les plus jeunes du quartier des tours, vont à l'école, parce que c'est obligatoire, les autres tuent leur temps dans les trafics en tout genre : vol à l'arracher des sacs à main, vol des téléphones portables, trafics de voitures, sans oublier la drogue. Quant à Ilyès, sa passion c'est l'argent, les cartes bleues. Sa devise : se faire beaucoup d'argent en un minimum de temps. Et le jeune homme excelle dans ce domaine, il est un artiste du vol. Pour ce faire, Il repère ses proies détenteurs de Black Card. Rusé, il se renouvelle en permanence, adopte sans cesse de nouveaux scénarios afin de mieux tromper ses victimes. Et ceux-ci n'en prennent pas conscience tout de suite car le jeune homme prend le soin de remplacer la carte bancaire subtilisée par une autre identique périmée. Un jour, il ne tardera pas à rencontrer Stéphane, un flic carriériste corrompu de la police judiciaire, manipulateur et violent, déterminé à le dépouiller de son butin. Ilyès n'a alors qu'une envie : retrouver la balance qui l'a conduit derrière les barreaux...

Mon avis : l'auteur signe un roman noir plutôt réussi. L'histoire se lit assez bien et sa construction intelligente permet de maintenir une forte tension, et un rythme soutenu. L'on peut regretter toutefois l'absence de lexique ou la non-traduction de certaines expressions en verlan ou en arabe. Mais c'est ce qui fait aussi le caractère vivant de ce livre, l'auteur emploie une écriture orale, afin que le lecteur s'immerge très vite dans l'univers de la banlieue.

Si Ilyès, le "Marseillais" tient évidemment le rôle central, le personnage de Stéphane, policier ripou est fort bien travaillé. La qualité des protagonistes permet une intrigue palpitante et touchante.

Une lecture intéressante pour le plaisir.


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