vendredi 4 mars 2011

L'Abyssin - Jean Christophe Rufin

Jean-Christophe Rufin, né en 1952, a été successivement médecin, conseiller et ambassadeur. Il est élu en 2008 membre de l'Académie française. Ancien Président d'Action contre la Faim, son expérience de terrain l'a amené à se lancer dans l'écriture de quelques essais traitant du tiers-monde et de l'action humanitaire. Depuis une dizaine d'années, il nous offre également des romans historiques.

Il reçoit en 1997 le Prix Goncourt du premier roman et le Prix Méditerranée, avec l'Abyssin, roman historique et d'aventure par excellence.


Folio,699 pages
Jean-Baptiste Poncet, jeune médecin de vingt-huit ans, est apothicaire renommé au Caire, en compagnie de son associé Maître Jurémi. Un jour, il rencontre Alix, la fille de M. de Maillet, consul de France, dont il tombe éperdument amoureux. A son grand désespoir, celle-ci ne peut être accessible pour quelqu'un de son rang. Pourtant la providence lui sourit bientôt ; le consul lui demande de prendre la direction d'une ambassade dans la région de l'Abyssinie (Empire d'Ethiopie). En cette fin du XVIIe siècle, pour étendre son pouvoir, le roi-Soleil Louis XIV souhaite en effet entrer en contact avec le plus mythique des souverains d'orient, l'empereur d'Ethiopie, le Négus d'Abyssinie. Jean-Baptiste accepte cette mission délicate tout en voyant aussi un moyen d'acquérir la noblesse qui doit lui permettre d'épouser la fille du consul à son retour. C'est une chance extraordinaire pour cet homme qui rêve de voyage et d'amour. Il commence alors un magnifique et trépidant voyage initiatique, sur la route des épices, découvrant les belles et séduisantes contrées de l'Egypte et les montagnes de l'Ethiopie. Mais au gré de cette aventure palpitante cernée de rebondissements, Poncet prend conscience que la région est l'objet de la convoitise de nombreux groupes religieux ; il déjoue avec une intelligence brillante de nombreux pièges, notamment celui d'appartenir aux Jésuites ou aux Capucins. Libre-penseur, épris de liberté, Poncet décide alors de tout faire pour préserver l'authenticité de l'Ethiopie...


Mon avis : il s'agit indéniablement d'un excellent roman, le résultat est d'une grande qualité littéraire. Rufin a su dépeindre avec talent et beaucoup d'aisance l'atmosphère orientale, les fragrances et les couleurs. Les personnages sont superbes et sympathiques, le rythme est époustouflant. Le style et l'écriture sont évidemment de qualité, des mots judicieusement choisis, accompagnés d'un souci du détail historique.

Au-delà de cette magnifique histoire, simple et efficace, l'auteur nous invite à réfléchir sur l'intolérance sous toutes ses formes (religieuses notamment), des idées finalement bien contemporaines. Rufin plaide en faveur de l'humanisme et du bonheur et, nous expose une belle leçon d'émancipation féminine.

Au demeurant, ce roman pourrait paraître long (700 pages) pour un lecteur peu habitué mais Rufin sait nous emporter rapidement de sorte que nous sommes maintenus avec beaucoup de plaisir dans cette formidable intrigue.

Si vous vous délectez de ces romans mêlant aventure et voyage, je ne puis que vous le recommander. A lire sans hésitation !

dimanche 20 février 2011

183 jours dans la barbarie ordinaire - Marion Bergeron

Je vous présente 183 jours dans la barbarie ordinaire - en CDD chez Pôle emploi.


Peut-être l'avez-vous aperçue et écoutée au cours d'une émission de télévision, d'un débat ? Marion Bergeron, jeune femme de 25 ans et graphiste de son état a publié un livre - témoignage relatant sa courte expérience professionnelle dans une administration française : Pôle Emploi, nouvel organisme tristement célèbre, créé en décembre 2008, issu de la fusion des anciennes ANPE et ASSEDIC, qui se charge de l'indemnisation et du conseil des chômeurs.


Plon, 210 pages
A l'image de la jeunesse française, cette jeune femme enthousiaste, pleine d'énergie et de motivation prend rapidement conscience que trouver du travail est une véritable gageure. Alors que la crise économique explose en cette année 2009 et contrainte de composer entre son projet professionnel et le règlement de son loyer, Marion Bergeron postule, sans trop y croire, chez Pôle Emploi à Paris. Après un entretien éclair, la voilà recrutée, sans expérience dans le domaine de l'insertion, pour un contrat de six mois en CDD. En franchissant la porte de cette administration, il ne faut pas plus d'une journée à Marion pour comprendre qu'elle est entrée dans un monde à part. Un monde où les chômeurs sont des matricules, où les abréviations sont la règle (ZTT, DE, ZLA...), un monde où le management du chiffre fait autorité. Marion entre dans la cage aux lions, apprend sur le tas, découvre beaucoup, observe l'envers du décor et les rouages peu flatteurs de cette usine à gaz : création de faux rendez-vous avec les chômeurs, réduction des durées d'entretien, radiations hasardeuses, broyage des sans-emplois privés de reconnaissance, augmentation des performances de l'agence...


Mon avis : S'il s'agit évidemment d'un témoignage qui n'engage que son auteur, le livre a le mérite de nous interroger sur le fonctionnement et l'utilité d'une telle "institution", laquelle coûte chère à la collectivité.

La narratrice raconte sans ambages ses six mois de travail précaire et nous expose une réalité crue, de souffrance, de désespoir et d'illusions. Trois adjectifs peuvent résumer la situation : édifiant, dérangeant et terrifiant à la fois ; l'auteur ne cache rien de ses ressentis, elle se met à nu, raconte une certaine violence de la misère et nous livre sa descente aux enfers.

Par son humour corrosif, par son style incisif et sans concessions, par son regard aiguisé sur les incohérences absurdes de cette machine administrative, l'auteur a su me captiver. Si vous avez l'occasion de le lire, certains d'entre vous ne partageront pas forcément cet avis et y verront sans doute, au premier abord, une critique facile et superficielle.

En réalité, n'y verrait-on pas finalement un système à la dérive, un naufrage clairement annoncé ?

Je ne répondrai pas à cette question, je vous laisse juge. Quoi qu'il en soit, ce témoignage ne laisse pas indifférent.

mardi 25 janvier 2011

Seul le silence - Roger Jon Ellory

J'ai lu en décembre dernier Seul le silence ; c'est une agréable découverte littéraire qui restera longtemps gravé dans ma mémoire.

Il s'agit du premier roman (titre original A quiet Belief in Angels) de l'Anglais Roger Jon Ellory, à avoir été traduit en France en 2008, par les éditions Sonatine, puis réédité en livre de poche en 2009. L'auteur est né en 1965 à Birmingham.



Le Livre de poche, 602 pages
Joseph Vaughan, écrivain à succès, a connu pourtant le malheur très tôt. Il perd son père alors qu'il n'a que onze ans et il est en proie à une terrible souffrance qui le ronge depuis près de trente ans. En 1939, alors que la guerre n'est qu'un écho lointain parmi les habitants paisibles d'Augusta Falls, Joseph a douze ans lorsqu'il découvre dans son village natal de Géorgie, le corps atrocement mutilé d'une fillette assassinée. La première victime d'une longue série qui laissera longtemps la police impuissante. Joseph en est bouleversé car il côtoyait ces enfants sur les pupitres de l'école. Joseph est hanté par les fantômes des petites filles et leur souvenir. Incapable de survivre, Joseph se met à écrire pour se libérer, pour rejeter ce mal qui le tourmente, sous le regard bienveillant de l'institutrice Mlle Webber qui a décelé chez lui un réel potentiel d'écrivain. Des années plus tard, lorsque l'affaire semble enfin élucidée, Joseph entreprend de changer radicalement de vie et s'installe à New York pour oublier les séquelles de cette histoire. Il va croiser à nouveau le monstre ; celui-ci poursuit sa macabre besogne. Au moment où les meurtres d'enfants se multiplient, Joseph n'a d'autre issue que de retrouver à tout prix la trace du vrai coupable...


Mon avis : Ellory nous impressionne beaucoup pour ses descriptions qui plongent le lecteur dans une atmosphère bien particulière. Et ce n'est pas tout. Son talent va de pair avec la description de ses personnages, si touchants ; le premier d'entre eux : Joseph Vaughan. Autour de lui gravitent d'autres personnages et ils sont nombreux ceux auxquels on s'attache : ses copains d'enfance "les Anges gardiens" groupe pour protéger les petites filles, mademoiselle Alexandra Webber son institutrice, Elena sa voisine et amie d'enfance...

Le lecteur est en totale empathie avec le "héros" de cette histoire ainsi que les autres personnages. L'intrigue est d'une efficacité rare.

Seul le silence est bien plus qu'un "thriller", c'est un chef d'oeuvre littéraire - on peut au passage saluer l'excellente traduction de Fabrice Pointeau - un roman noir dense, poignant, à l'intensité palpable, déployant une qualité d'écriture magnifique qui fait appel aux sentiments du lecteur, lequel s'abandonne corps et âme à accompagner Joseph tout au long de sa vie.

Vous l'aurez compris, il s'agit d'un coup de coeur, que je vous recommande.

lundi 3 janvier 2011

Bilan de l'année 2010

Chères lectrices, chers lecteurs, amis blogueurs,



Je vous souhaite de passer une heureuse année 2011. Qu'elle vous soit douce, remplie de bonheur, de joie, de santé et d'amour. Qu'elle vous donne maintes occasions de sourire à la vie et de connaître la Paix en vous et autour de vous. Et sans oublier bien sûr de belles lectures et de magnifiques découvertes littéraires diverses et variées !

Janvier est déjà là, l'hiver se poursuit (hélas...) avec son avalanche de "nouveautés" (pas forcément réjouissantes...) Les bilans fleurissent sur les blogs. Avant de laisser la place à d'autres livres cette années, voici donc venu le temps de dresser mon bilan livresque de l'année écoulée ; il ne s'agit pas forcément de livres parus en 2010. Nos hirondelles ont tenté, une fois n'est pas coutume, de vous faire partager de nouveaux horizons de lectures.

L'année 2010 a été aussi mon premier défi dans la blogosphère littéraire. Le challenge intitulé la littérature policière sur les cinq continents, organisé par Catherine dont le but était de lire un polar d'un auteur de chaque continent. Je n'ai malheureusement pas tenu mes engagements, faute de temps et d'énergie au cours du dernier trimestre. Le résultat obtenu : 2 livres lus sur 5 (roman européen et africain). Une note très moyenne...


Pour conclure, je rappelle que le blog, aussi modeste soit-il, a fait l'objet d'une nouvelle présentation depuis septembre et connaîtra encore dans les prochains mois quelques ajustements.

Je remercie mes fidèles lectrices et lecteurs, anonymes ou non, de prendre le temps de lire mes billets, sans oublier tous ceux qui laissent de précieux commentaires. Cela est toujours très encourageant.

Excellente année à tous et bonnes lectures !


Mes véritables coups de coeur :


1) Le Meunier hurlant, Arto Paasilinna

2) La maîtresse d'école, Marie-Paul Armand

3) Meurtres pour rédemption, Karine Giebel

4) Echo, Ingrid Desjours

5) La onzième plaie, Aurélien Molas


Mon coup de griffes : le livre que j'ai trouvé particulièrement décevant :



Le pic du diable, Deon Meyer

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