vendredi 4 novembre 2011

Le château des Carpathes - Jules Verne

Jules Verne ou le précurseur de la télévision...

J'ai toujours entretenu un rapport singulier avec Jules Verne (1828-1905) (voir mon article d'octobre 2009) puisqu'il est l'un des premiers que j'ai lu durant mon adolescence, avec des bonheurs divers. Je me rappelle avoir emprunté pour la première fois, il y a plus de vingt ans, à la bibliothèque municipale, Le château des Carpathes et déjà, à cette époque, j'en avais gardé un souvenir très prenant. Je l'ai relu pour l'occasion et, une fois encore, je n'ai pas été déçu ; il reste l'un de mes romans préférés.

Publié en 1892, Le château des Carpathes ne manque pas de nous interpeller, il fait partie de ces livres atypiques et paradoxalement n'est pas le plus connu de tous les romans verniens.

Le Livre de poche, 200 pages
L'histoire s'ouvre sur le dialogue entre un colporteur juif et l'un des habitants du petit village de Werst, en Transylvanie, un berger prénommé Frik. Le colporteur vend au berger une étrange "machine" qui n'est autre qu'une lunette. Voilà qu'un jour, à l'aide de son nouvel instrument, Frik remarque que les vestiges du vieux château, abandonné par son ancien propriétaire et supposé mort depuis longtemps, semblent à nouveau habités. De l'imposant donjon s'échappe un mince filet de fumée, signe d'une présence humaine. Très vite, il apporte la nouvelle au village au sein duquel circulent les légendes et les rumeurs les plus folles ; la terreur s'installe parmi les habitants, lesquels sont persuadés que le château est hanté. Le docteur du bourg Patak accompagné du jeune forestier Nick Deck décident alors de partir en reconnaissance et sont forcés de battre en retraite après avoir été les témoins de phénomènes aussi effrayants que surnaturels. Peu après ces événements, alors que la population est totalement désemparée, un jeune noble, le comte Franz de Telek, voyageur errant, qui cherche à oublier la mort de sa fiancée, est de passage dans la région et apprend l'existence des phénomènes. Il apprend notamment que le château des Carpathes appartenait à Rodolphe de Gortz, celui qui l'avait maudit quelques années auparavant au moment du décès de la cantatrice Stilla, sa fiancée. Bien décidé à éclaricir le mystère, le jeune comte entreprend une expédition qui aura pour but d'exorciser le château...

Mon avis : précurseur des romans d'anticipation et de fantastique, l'auteur démontre une fois encore son rôle de visionnaire ; il nous offre un récit reposant avant tout sur la dialectique du développement des progrès scientifiques et techniques (l'électricité, les télécommunications, l'enregistrement de l'image et du son, l'hologramme) face à la survivance de nombreux mythes et croyances. L'auteur mène subtilement le lecteur dans cette histoire.

Si le roman n'est pas à classer dans la littérature purement fantastique, il n'en reste pas moins que Verne a su créer avec brio cette ambiance étrange le rapprochant du récit fantastique : citons par exemple le choix du lieu qui accentue cette connotation (la Transylvanie), les références mythologiques, les croyances paysanes et locales, le thème de la mort et de la peur...

Comme toutes les histoires de Jules Verne, l'on apprécie son écriture soignée et la description minutieuse des éléments et de la nature, on se prend d'affection pour chaque personnage. L'auteur réussit à nous tenir en haleine jusqu'au dénouement final.

Un roman captivant mêlant donc l'aventure et le fantastique, mais aussi un très beau roman d'amour qui se lit agréablement ; Jules Verne a sans doute écrit là son chef d'oeuvre. A lire sans hésitation aucune !

samedi 22 octobre 2011

Les Âmes grises - Philippe Claudel

Les Âmes grises est un roman de Philippe Claudel (né en 1962), publié en 2003 et, qui a reçu le Prix Renaudot la même année.

Le Livre de poche, 280 pages
Vingt ans après son enquête sur "l'affaire", un modeste policier, Louis Despieux, est encore bien troublé : il se rappelle la triste journée de 1917 où, dans un petite village du Nord-Est de la France, à quelques encablures du front où les hommes tombent un à un au rythme violent des obus, une petite fille est retrouvée morte, violée et étranglée, au bord de la Guerlante, à deux pas de la demeure du procureur Pierre-Ange Destinat, homme taciturne et veuf inconsolé. La victime se prénomme Belle de jour ; âgée de 10 ans, elle est la troisième et dernière fille de l'aubergiste. Le juge Mierck et le colonel Matziev, notables méprisants incarnant la bourgeoisie pompeuse et provinciale, ennemis de Destinat, sont chargés de l'enquête, laquelle s'annonce pourtant difficile ; le village voit en effet arriver par intermittence de jeunes soldats éclopés, mutilés, avides d'alcool et de filles pour oublier l'horreur de cette terrible guerre...

Mon avis : je n'avais encore jamais lu cet écrivain et je dois dire que j'ai été agréablement surpris. Je remercie Mic et son blog Noir Suspense de m'avoir fait découvrir cette lecture.

Le souci du détail, une belle écriture, cette manière de décrire les paysages et les ambiances donnent incontestablement de la force et de l'authenticité. L'histoire est touchante et brutale à la fois. Le lecteur se prend d'affection pour les personnages, on a parfois les yeux embués, notamment pour la femme du policier, Clémence, ou le médecin des pauvres ou encore la jeune Lysia Verhareine qui arrive dans ce village pour occuper le poste d'institutrice et qui connaîtra un sort tragique. Tous ces protagonistes évoluent dans la tristesse et la grisaille.

Philippe Claudel brosse également le portrait de personnages d'une bêtise rare, aux préjugés de classes et animés des pires sentiments tels la lâcheté et la méchanceté. La grande guerre est propice à favoriser tous les excès et mettre en avant nos pires comportements.

Un récit hanté par le poids du temps et des remords, un roman remarquable que je vous conseille de lire.

jeudi 29 septembre 2011

Des gens bien - Marcus Sakey

Des gens bien est le deuxième roman, paru en France chez Pocket, de Marcus Sakey, auteur américain originaire du Michigan. Peu connu sur notre territoire, Sakey n'en est pas moins un auteur à suivre.

Pocket, 376 pages
Tom et Anna Reed, un jeune couple sympathique, a priori sans histoires, s'évertue en vain, depuis des années, à avoir un enfant, malgré le coût démesuré des divers traitements de fécondité. L'absence d'enfant pèse lourdement chez ce jeune couple ; en attendant, Anna s'occupe avec bonheur de son petit neveu Julian. Afin de payer leurs dettes et combler plus ou moins leurs remboursements, le couple loue le rez-de-chaussée de leur maison à un certain Bill Samuelson, un locataire solitaire et plutôt revêche, avec lequel ils n'ont guère de contact. Un jour, alors qu'un feu est déclaré chez leur locataire, Tom et Anna décident de prendre les choses en main. C'est avec effroi qu'ils trouvent le locataire, mort sur son lit, terrassé par une crise cardiaque. En voulant éteindre l'incendie dans le studio, le couple découvre des liasses de billets de cent dollars, cachées un peu partout dans les placards de la cuisine. La tentation de récupérer cet argent est grande, pour ce couple ordinaire, d'autant que cela lui assurerait une vie meilleure. Au moment d'alerter la police, Tom et Anna hésitent à signaler ce fameux pactole, oubliant un instant les risques et les conséquences d'une telle décision...


Mon avis : un roman policier bien construit. Les héros principaux (Tom et Anna) sont très attachants et le lecteur s'y identifie à merveille. On y découvre une palette de personnages intéressants, tant du côté de la police (l'inspecteur Halden notamment) que du côté des criminels.

L'intrigue est haletante, l'écriture est fluide, le rythme soutenu ; le lecteur est accroché dès les premières pages. L'auteur a su mettre en scène avec efficacité cette histoire. Ce livre ne révolutionne pas le genre policier mais il s'agit d'une bonne lecture. A découvrir !

vendredi 26 août 2011

Primal - Robin Baker

Après quelques semaines de pause, me voilà de retour avec ce nouveau billet consacré à un roman, publié en France en janvier dernier : Primal, du britannique Robin Baker.

Robin Baker n'est pas à proprement parler un romancier. Il est d'abord un spécialiste de l'évolution et de la biologie sexuelle, connu dans la communauté scientifique pour ses articles et travaux de recherches sur le comportement et les instincts sexuels des humains et des grands singes.

L'originalité du livre réside dans le fait que l'auteur devient le personnage-clef fictif, s'inspirant de ses propres recherches pour élaborer un roman singulier qui tente de répondre à la question suivante : que peut devenir un groupe d'humains retenus sur une île déserte, sans abri, sans aide extérieure et bientôt sans vêtements, suite à un incendie du campement ?

JC Lattès, 431 pages
En juin 2006, un groupe de neuf jeunes étudiants accompagnés de cinq employés de l'Orwellian University de Manchester partent pour une expédition d'un mois sur une île déserte paradisiaque en plein coeur du Pacifique sud. L'opération est dirigée par le Professeur Raul Lopez-Turner, un explorateur et primatologue de renommée mondiale. Ce projet, préparé de longue date, lui tient particulièrement à coeur. A la fin de la mission scientifique, alors que tous attendent leur retour en Angleterre, on perd leur trace, aucune nouvelle des quatorze voyageurs. L'enquête conclut rapidement à un naufrage sans survivants. Plus d'un an après les faits, un paquebot recueille deux des étudiants, dérivant sur un bateau de fortune, hagards et nus, à plus de deux mille kilomètres de l'île sur laquelle ils auraient dû se trouver. Dans le cadre de son enquête, Robin Baker est choisi pour cosigner le livre qui racontera la version officielle de l'histoire, mais en son for intérieur, il est persuadé que la vérité est bien différente de celle présentée par les survivants et que ces derniers veulent cacher coûte que coûte pour des raisons vraisemblablement peu avouables. Afin de se forger sa propre conviction, Robin fera rapidement la connaissance de Ysan, la seule rescapée, susceptible de lui en raconter davantage. Grâce à ses quelques témoignages et à quelques preuves matérielles, l'auteur décèle des failles et des malaises et, de ces contradictions, prend véritablement conscience des difficultés rencontrés par les étudiants, livrés à eux-même. Il découvre avec effroi ce qui s'est réellement passé sur l'île...


Mon avis : en se posant en tant qu'écrivain, l'auteur nous propose un roman étrange mais finalement convaincant.


Le livre se construit de la manière suivante : la première partie donne le point de vue de la rescapée Ysan, étudiante primatologue laquelle aura une aventure avec le Professeur Lopez-Turner. Agréable à la lecture, cette partie dépeint parfaitement les relations entre les protagonistes en insistant sur le trait de caractère de chacun. La seconde partie, moins intéressante, dissèque les déclarations des survivants pour traquer toutes les allégations posées. L'auteur reprend sa fonction d'universitaire, avance ses théories et construit sa thèse.


Essai de vulgarisation ou sorte d'expérience scientifique, l'histoire, aussi riche en suspense qu'en rebondissements, est dérangeante et effrayante car tout à fait crédible. Si le lecteur veut évidemment savoir ce qui est advenu aux différents personnages, le sujet de Primal est d'abord le comportement humain et en particulier le comportement sexuel. De ce combat pour la survie aux instincts démesurés, tous les rapports humains vont être chamboulés car, sans encadrement, sans autorité, sans lois, dans ces conditions particulières, imaginées par l'auteur (certaines scènes très "anatomiques" sont assez crues et peuvent heurter les âmes sensibles), l'individu n'est plus régi par la plupart des interdits sociaux qui caractérisent une civilisation.


Un roman qui ne laisse pas indifférent et qui nous pousse à réfléchir. Je vous invite à le lire.

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