lundi 29 avril 2013

La métamorphose - Franz kafka

Les lecteurs, qui suivent mon blog depuis son origine, ont déjà pu découvrir et apprécier l'univers de Franz Kafka (1883-1924), considéré depuis longtemps comme l'un des plus grands de la littérature universelle. Né à Prague, Kafka est le fils d'un commerçant juif, d'origine campagnarde, qui parlait mieux le tchèque que l'allemand, et qui était venu tenter sa chance dans la capitale du royaume de Bohême. Après des études universitaires et un doctorat en droit, Kafka trouve un emploi dans une compagnie d'assurances où il deviendra un cadre supérieur modèle, rédigeant des rapports fort bien documentés sur les accidents du travail, pour lesquels il propose des mesures techniques de prévention. Parallèlement à cette activité professionnelle, il fait partie d'un groupe de jeunes gens qui s'intéressent à la littérature. C'est dans les années 1910 et sur les conseils d'amis qu'il commence à écrire.

Nouvelle écrite en 1912, à l'âge de vingt-neuf ans, La métamorphose (die Verwandlung, titre originale) reste l'une de ses oeuvres majeures mais l'une des plus énigmatiques et discutées aussi. 

Folio classique, 144 pages 
Les premières lignes énoncent une nouvelle invraisemblable, aussi terrifiante que grotesque : Gregor Samsa, un représentant de commerce, se réveille un beau matin transformé en un énorme insecte, un cafard. Suscitant effroi, dégoût et incompréhension de la part de sa famille chez qui il habite, il ne peut que rester reclus dans sa chambre. Pourtant, et comme il est un employé modèle et consciencieux, il fait tous ses efforts pour aller prendre son train et travailler. Il ne le pourra évidemment pas. Cette soudaine et incroyable transformation en vermine devient en réalité le résultat d'un piège cruel, mis en place par le père de Gregor, qui a trouvé une ruse pour à la fois imposer à son fils de travailler et le lui interdire. Etant la seule source de revenus ou presque de sa famille, Gregor va devoir faire face aux difficultés que crée sa nouvelle situation, dont l'affreuse impossibilité de toute vie sociale et familiale...

Mon avis : cette nouvelle fait partie de mes toutes premières lectures. Dès le début, le lecteur saisit que ce n'est pas le caractère fantastique qui est intéressant en soi ; c'est plutôt l'histoire et ses conséquences qui se déroulent ensuite. En effet, la transformation d'un homme en animal, si elle semble s'inspirer de la littérature fantastique, correspond à un jeu du langage : il est ainsi courant par exemple de désigner un être humain comme un âne ou un porc... Et Kafka ne manque pas de talent en prenant soin précisément de ne pas décrire son personnage, encore moins de donner le début d'une explication scientifique à cette transformation étrange. C'est avant tout l'histoire d'un homme progressivement délaissé qui est contée. Toute nouvelle tentative de réinsertion - professionnelle, sociale ou familiale - est écrasée. Même sa propre soeur l'a abandonné. La métamorphose existe, c'est une fatalité. Seules les sensations comptent.

La métamorphose n'est donc qu'une allégorie, elle n'a rien de fantastique, mais au contraire d'un réalisme pur car la vie s'avère souvent amère lorsque le coeur d'un homme est fort sensible.

L'auteur met ainsi en exergue le caractère absurde de la vie - une constante dans l'oeuvre de l'auteur, l'angoisse et l'absence de signification de la vie -, et au bout du "chemin", la mort qui finit par se révéler libératrice.

Pour ceux qui veulent découvrir Kafka, je vous le conseille assurément.

lundi 22 avril 2013

L'heure trouble - Johan Theorin

Après Indridason (voir l'article précédent), me voilà à nouveau plongé dans la littérature policière scandinave.

L'heure trouble est le premier roman de l'écrivain suédois, Johan Theorin, né en 1963 à Göteborg, paru en français en 2009.

Le Livre de poche, 531 pages 
Nous sommes en 1972. Jens, un jeune garçon de six ans, laissé à la garde de ses grands-parents s'est volatilisé un matin d'automne, par une journée de brouillard épais, dans la petite île d'Öland. Son corps n'a jamais été retrouvé malgré de longues et minutieuses recherches. La police finit par conclure à sa disparition dans le dangereux chenal qui sépare l'île du continent. Julia, la mère de l'enfant, est inconsolable. Vingt ans plus tard, entre tentation de l'alcool et dépression, Julia Davidsson n'est toujours pas parvenue à faire son deuil. Elle rumine sans cesse cette absence et en veut beaucoup à son père Gerlof qui était tenu de le surveiller. Celui-ci vit aujourd'hui dans une paisible maison de retraite. Un jour, contre toute attente, il reçoit par la poste une enveloppe anonyme contenant une sandale qui semble en tous points identique à celle que portait son petit-fils, le jour de sa disparition. Gerlof garde pourtant son sang-froid et rappelle Julia dans l'île pour éclaircir une partie du mystère. Cet événement va convaincre la mère du petit garçon de renouer le contact avec son père. L'île devenue touristique, leur enquête va les mener sur la piste d'un homme au passé trouble et violent, un certain Nils Kant, fils d'une riche famille, qui aurait fui l'île au sortir de la seconde guerre mondiale...

Mon avis : dépaysement garanti ! un roman policier atypique. Une mère dépressive et  un vieil homme mal en point mais têtu forment ce couple d'enquêteurs improbable, à la recherche de l'enfant. Personnages touchants et très convaincants, ils incarnent une belle et terrible histoire de deuil au coeur de l'atmosphère étrange, ventée et brumeuse de l'île d'Öland. Nous apprenons dès le début du roman que les destins de Jens et Nils Kant sont vraisemblablement liés puisqu'ils se rencontrent le jour de la disparition.  Au fil de la lecture, l'île devient rapidement le sujet principal de ce roman.

Une intrigue bien ficelée, où passé et présent s'entrecroisent. L'écriture est claire, sans emphase. L'auteur sait capter rapidement l'attention du lecteur. Les descriptions ne sont pas trop longues mais restent précises.

Un très bon roman qui mérite certainement la récompense du meilleur roman policier suédois 2007.


mardi 26 mars 2013

La cité des Jarres - Arnaldur Indridason

Arnaldur Indridason est un enfant de Reykjavik, né en 1961 dans la capitale islandaise. L'amour de l'écriture, Indridason l'a cultivée dès son plus jeune âge. Après une brève expérience journalistique dans les années 1980, critique  de cinéma et un diplôme d'histoire en poche, il écrit son premier roman, publié en 1998. Il se découvre alors auteur de romans noirs. Son troisième livre, Myrin (traduit en français par La cité des jarres) est son premier grand succès. Il est pour la première fois traduit et publié à l'étranger. Auteur incontournable dans son pays, il est aujourd'hui l'image même de la littérature islandaise contemporaine.

Publié en France en 2005, la cité des jarres est le premier volet de la série des enquêtes du commissaire Erlendur Sveinsson.

Points, 330 pages
L'hiver approche à grand pas en Islande. Pluie incessante et baisse des températures, c'est dans ce climat maussade qu'un vieil homme solitaire, nommé Holberg, est retrouvé mort dans son appartement. La police aurait pu conclure à un accident domestique. C'était sans compter la découverte d'un morceau de papier laissé sur le cadavre sur lequel est griffonné un message sibyllin. L'inspecteur Erlendur, accompagné de ses collègues Sigurdur Oli et Elinborg entament l'enquête. Erlendur est pourtant perplexe, persuadé qu'il ne s'agit pas d'un crime ordinaire, d'une banale querelle ou d'un cambriolage qui aurait mal tourné. Au fil d'une enquête longue et difficile, Erlendur parvient à dresser la véritable nature de l'homme. Ce qui ressemblait à un simple crime crapuleux va rapidement prendre une tournure bien plus sordide. Les enquêteurs se retrouvent plongés dans des faits perpétrés il y a plus de quarante ans laissant apparaître un passé nauséabond et lourd de secrets. La victime du meurtre aurait persécuté et violé une jeune femme, laquelle serait tombée enceinte d'une petite fille prénommée Audur, morte à l'âge de quatre ans des suites d'une tumeur au cerveau...


Mon avis : avec ce premier roman, nous entrons de plein-pied dans un voyage humide et glauque au coeur de l'Islande, île de feu et de glace, offrant au lecteur une ambiance propre aux polars venus du nord, une tonalité rude et sombre. Indridason brosse le portrait d'une Islande, loin des clichés alléchants et habituels présentées par les brochures touristiques.

Erlendur Sveinsson est un vieux briscard de la police, un anti-héros : solitaire, caractériel, rude au premier abord, intelligent et persévérant, il est aussi abîmé par la vie, tourmenté par ses douloureux souvenirs d'enfance, usé par les années d'un métier qui ronge inexorablement l'âme. Plus tout jeune (la cinquantaine), il est divorcé et père de deux grands enfants : son garçon Sindri Snaer qu'il ne voit plus et sa fille Eva Lind qu'il tente tant bien que mal de sortir de l'enfer de la drogue.

Autour d'Erlendur gravitent ses deux coéquipiers : Elinborg, femme célibataire et sans enfants s'implique avec énergie aux affaires tandis que Sigurdur Oli, plus préoccupé par sa vie personnelle et ses relations tumultueuses avec sa compagne, peine à rester concentré sur le travail.

Sans dévoiler l'histoire, je dirai que l'intrigue est intéressante, mêlant malaise et curiosité, au style posé, dans une lecture agréable et accrocheuse.

Vous l'aurez compris, je viens donc de faire la découverte du polar islandais. Un roman écrit avec grand soin, des personnages attachants. Bref, les Islandais ne font pas que régler admirablement et judicieusement une crise financière (en référence à la douloureuse crise qui a touché de plein fouet le système économique et bancaire de ce pays en 2008), ils savent également écrire des romans policiers dignes de ce nom. Je ne puis que vous le conseiller !

jeudi 7 mars 2013

Le deuil et l'oubli - John Harvey

Le deuil et l'oubli est un roman de l'écrivain anglais John Harvey (1938), paru en 2011.

Rivages, 445 pages 
Durant l'été 1995, dans un camping en Cornouailles, deux adolescentes de treize ans, Heather Pierce et Kelly Efford partent se baigner. La nuit tombe et les deux amies se perdent dans un épais brouillard en revenant de la plage. Le lendemain matin, après de longues recherches, on retrouve Kelly, faible et traumatisée, recueillie par Francis Gibbens, un marginal reclus avec ses chèvres, tandis que Heather est découverte quelques jours plus tard le long de la côte sur la corniche d'une ancienne rotonde. La thèse de l'accident est retenue mais le doute plane pour l'inspecteur Cordon, en charge de l'enquête. Quatorze ans se sont écoulés, le mariage de Ruth et de Simon Pierce, n'a pas résisté à la disparition tragique de leur fille. La mère a refait sa vie à Cambridge avec Andrew et lui a donné un autre enfant, une petite fille de dix ans prénommée Béatrice. Alors qu'elle croit avoir fait le deuil de sa première fille, le cauchemar recommence quand Béatrice est à son tour portée disparue. Deux nouveaux inspecteurs, Will Grayson et Helen Walker, vont remuer ciel et terre pour retrouver l'enfant...

Mon avis : les disparitions d'enfants sont toujours un sujet délicat et bouleversant. Avec ce roman noir, John Harvey parvient à le traiter en finesse. Prenant son temps pour développer l'intrigue, l'auteur tisse son récit avec une maîtrise totale fouillant subtilement l'esprit humain. Sans jamais tomber dans l'excès des émotions et l'horreur inutile, l'auteur nous propose un récit complexe dans sa construction mais limpide dans sa narration, s'appuyant sur le ressenti des protagonistes.

S'il s'agit d'une lecture captivante et fascinante, l'on peut regretter toutefois une fin qui a tendance à s'essouffler. C'est le seul bémol que j'apporterai à cette oeuvre.

Il reste que ce polar est touchant et plutôt bien écrit, en un mot un polar juste et intelligent. A découvrir.

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