jeudi 7 mars 2013

Le deuil et l'oubli - John Harvey

Le deuil et l'oubli est un roman de l'écrivain anglais John Harvey (1938), paru en 2011.

Rivages, 445 pages 
Durant l'été 1995, dans un camping en Cornouailles, deux adolescentes de treize ans, Heather Pierce et Kelly Efford partent se baigner. La nuit tombe et les deux amies se perdent dans un épais brouillard en revenant de la plage. Le lendemain matin, après de longues recherches, on retrouve Kelly, faible et traumatisée, recueillie par Francis Gibbens, un marginal reclus avec ses chèvres, tandis que Heather est découverte quelques jours plus tard le long de la côte sur la corniche d'une ancienne rotonde. La thèse de l'accident est retenue mais le doute plane pour l'inspecteur Cordon, en charge de l'enquête. Quatorze ans se sont écoulés, le mariage de Ruth et de Simon Pierce, n'a pas résisté à la disparition tragique de leur fille. La mère a refait sa vie à Cambridge avec Andrew et lui a donné un autre enfant, une petite fille de dix ans prénommée Béatrice. Alors qu'elle croit avoir fait le deuil de sa première fille, le cauchemar recommence quand Béatrice est à son tour portée disparue. Deux nouveaux inspecteurs, Will Grayson et Helen Walker, vont remuer ciel et terre pour retrouver l'enfant...

Mon avis : les disparitions d'enfants sont toujours un sujet délicat et bouleversant. Avec ce roman noir, John Harvey parvient à le traiter en finesse. Prenant son temps pour développer l'intrigue, l'auteur tisse son récit avec une maîtrise totale fouillant subtilement l'esprit humain. Sans jamais tomber dans l'excès des émotions et l'horreur inutile, l'auteur nous propose un récit complexe dans sa construction mais limpide dans sa narration, s'appuyant sur le ressenti des protagonistes.

S'il s'agit d'une lecture captivante et fascinante, l'on peut regretter toutefois une fin qui a tendance à s'essouffler. C'est le seul bémol que j'apporterai à cette oeuvre.

Il reste que ce polar est touchant et plutôt bien écrit, en un mot un polar juste et intelligent. A découvrir.

lundi 25 février 2013

L'Ecume des jours

Doit-on encore présenter ce livre de Boris Vian (1920-1959) ? J'ai découvert cet auteur il y a vingt-cinq ans. Trop jeune à l'époque, je souhaitais vivement relire cette oeuvre avec la maturité en plus.

10/18, 315 pages 
Colin est un jeune homme heureux et fortuné, entouré de ses amis et d'un cuisinier prénommé Nicolas qui lui mitonne de bons petits plats. Tout est merveilleux au premier abord et pourtant il lui manque une chose : l'amour. Cet amour qu'il envie à Alise et Chick, l'ingénieur, ce dernier passant son temps à collectionner les oeuvres de Jean-Sol Partre. Un jour, Colin rencontre Chloé, une jeune fille souriante et superficielle. Les choses se décident, le couple se marie. Ils filent le parfait amour. Oui mais voilà, la maladie arrive... Au cours du voyage de noces, la jeune fille prend froid et tousse. Le professeur Mangemanche diagnostique la présence d'un nénuphar dans le poumon droit, lui dévorant lentement la vie. Le seul remède qui reste à Colin : l'entourer d'une myriade de fleurs dont elle doit inhaler le parfum, tentant coûte que coûte d'insuffler la vie à sa bien-aimée...

Mon avis : Boris Vian raconte à merveille l'histoire d'un amour réciproque voué à un bonheur parfait : l'intelligence, la beauté et la richesse. Cet amour se laisse dévoré par la terrible maladie, plongeant le lecteur dans une ambiance sombre et oppressante  ; joies et peines s'entremêlant jusqu'à le bouleverser, le tout sur un air de jazz et de nonchalance surréaliste. Aucun répit n'est laissé aux personnages et le lecteur ne peut rester insensible. 

Le style de Vian, à la fois simple, enchanteur et complexe, nous emporte dans un tourbillon d'émotions où la naïveté de l'être humain et la terrible fatalité se croisent dans un univers décalé, romantique et poétique.

A lire ou relire sans hésitation aucune !


samedi 10 novembre 2012

Visite à Godenholm - Ernst Jünger

Si l'écrivain allemand Ernst Jünger (1895-1998) a longtemps été contesté dans son propre pays, sa notoriété n'a jamais été démentie en France, où il apparaît comme l'incarnation du dandy héroïque et raffiné, de l'officier allemand cultivé, francophile et francophone. En 1995, lors de son centième anniversaire, le Président français, François Mitterrand (1916-1996), l'invita à déjeuner au Palais de l'Elysée et souligna que Jünger était resté un "homme libre", cultivant une pensée détachée de tout poncif. 

De par sa vénérable longévité, Jünger a été témoin de l'histoire européenne du XXe siècle. Il a participé aux deux guerres mondiales : d'abord engagé en 1913, à l'âge de 18 ans, dans la Légion étrangère, héros de Verdun, récompensé par la plus haute décoration prussienne ; puis comme officier de l'administration militaire d'occupation à Paris, en 1941 au cours de laquelle il fréquente tout ce que la capitale compte alors d'intellectuels et d'artistes, collaborateurs affichés ou non.

10/18, 123 pages 
Un jour de décembre, en plein coeur de l'hiver, une barque emporte trois jeunes gens vers la petite île de Godenholm, située au large des côtes scandinaves, où vit le maître des lieux, Schwarzenberg, un vieil homme philosophe, au sourire mystérieux, grand voyageur et sage reclus. Les trois amis sont très différents : Moltner un neurologue, son ami Ejnar archéologue spécialiste de la préhistoire, qu'il a rencontré à la guerre, et la fille Ulma qui connaît Schwarzenberg depuis sa petite enfance. Dans ce pays nordique austère et gris, souvent isolé par les longues nuits d'hiver, l'atmosphère y est étrange. A leur arrivée sur l'île, ils sont introduits auprès du sage qui vit dans une ferme surmontée d'un phare. Entre rêves et enchantements, nos trois personnes sont en quête de vérité sur le sens donné à leur vie, attendant auprès du sage, la fameuse réponse...

Mon avis : publié en 1953, ce court roman est caractéristique de l'oeuvre d'Ernst Jünger. Ecrit après la Seconde guerre mondiale, le style est extrêmement lent, empreint d'une solennité et le récit se déploie avec une élégance presque songeuse, hypnotique. Ici aucune dimension politique mais l'écrivain y célèbre l'homme libre qu'incarne majestueusement Schwarzenberg. 

mardi 4 septembre 2012

Les naufragés de l'île Tromelin - Irène Frain

Née en Bretagne en 1950, agrégée de lettres classiques, Irène Frain embrasse la carrière d'enseignante à la Sorbonne à Paris. C'est tout naturellement qu'elle se consacre à l'écriture. Elle publie son premier roman Le Nabab en 1982, lequel connaît un très large succès. Forte de cette reconnaissance, elle continue à écrire ; d'autres ouvrages voient le jour. En 2009, elle publie Les Naufragés de l'île Tromelin, qui lui vaut le Prix Relay du roman d'évasion et le Grand prix Palatine du Roman Historique.

Ce roman apparaît comme un récit aussi saisissant que dramatique, nous emmenant dans l'océan indien, sur un étrange et minuscule bloc de corail, perdu au milieu de nulle part : l'île Tromelin.

J'ai lu, 341 pages
Tout commence en juillet 1761. Le capitaine Jean de Lafargue conduit "L'Utile", un navire de la Compagnie française des Indes orientales. A côté des cent quarante-deux membres d'équipage, le vaisseau transporte tout à fait illégalement une cargaison d'une centaine d'hommes, femmes et enfants Malgaches destinés à être vendus comme esclaves à l'île de France (l'île Maurice). Le navire n'arrivera pas à destination. Pris dans une violente tempête, il échoue dans les récifs qui entourent un minuscule îlot coralien, l'île des sables. Les survivants, Noirs et Blancs, doivent cohabiter et s'organisent plus au moins. Un officier, Léon Castellan, propose de construire une embarcation mais ses propres marins refusent de se lancer dans une telle entreprise. Ce sont les esclaves qui acceptent. Deux mois plus tard, pourtant, une terrible surprise les attend...

Mon avis : basé sur des faits réels, s'inspirant des résultats de fouilles d'une mission archéologique, Irène Frain nous retrace l'un des épisodes les plus sombres de l'Histoire de France, en particulier celle de son passé négrier, encore souvent méconnue pour beaucoup d'entre nous. L'écrivain a effectué un formidable travail de recherches et est parvenue à faire revivre ces personnages. Une reconstitution passionnante, une aventure humaine bouleversante, fait que cette histoire nous tient en haleine jusqu'à la fin.

Si l'auteur romance légèrement certains passages du livre en raison de la rareté des archives, le drame fait ressortir une vérité criante, une injustice qui fait corps tout au long des chapitres jusqu'au dénouement final.

C'est un bel ouvrage enrichissant que je recommande, sans hésitation, pour l'authenticité de son récit.


L'île Tromelin

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